La nouvelle saison de l’émission mythique “J’irai dormir chez vous” est diffusée cet automne sur France 5, tous les samedis à 18h. Antoine de Maximy, le roi de l’incruste, nous a accordé une interview. Il nous raconte les rencontres qui l’ont marqué, des anecdotes de tournage et ses autres projets en cours.
Samedi 8 novembre, c’est votre reportage au Cap-Vert qui sera diffusé. Pouvez-vous nous donner un petit avant-goût de ce que l’on verra dedans ?
J’ai failli faire naufrage au Cap-Vert, il y a 25 ans. Je partais pour traverser l’Atlantique sur un voilier de 30 mètres pour faire un film sur des jeunes en réinsertion. On venait de partir de Praia et on allait à Haïti. J’étais à la barre avec le caméraman à côté de moi quand j’ai vu une grosse masse devant, une masse tellement énorme que ça ne pouvait pas être une île. On réveille le commandant en second qui nous dit “normalement c’est bon, y’a rien devant. Je vais quand même allumer le radar…”. C’était un vieux radar qui se met en route en plusieurs minutes. Tout d’un coup il se met à hurler “tournes, y’a une île juste devant!». Il nous restait environ 3-4 minutes avant de nous planter sur les rochers…
Et là j’y suis retourné, plus de 20 ans plus tard, et j’ai enfin compris ce qu’il s’était passé : un gros nuage s’était formé au-dessus de l’île volcanique avec un pic à 3000 mètres. Je m’étais dit que je retournerai sur cette île de Fogo et je n’ai pas regretté. Le Cap-Vert c’est un mélange de Brésil, d’Afrique et d’Antilles. C’est relativement pauvre, mais tout le monde mange à sa faim. Sur l’île de Fogo, il y a une pénurie de garçons et sur d’autres îles c’est l’inverse. Je me suis aussi retrouvé sur une île très touristique, Boa Vista. J’étais dans la petite ville un dimanche soir et je me suis retrouvé dans une énorme fête où il n’y avait aucun touriste, aucun étranger. C’était vraiment sympa. Bon, il y a eu une bagarre à un moment, mais ça s’est quand même bien terminé. Tout ça c’est dans le film de samedi.
Après 5 saisons, vous arrive-t-il encore d’être surpris par certaines réactions lors de vos rencontres ?
Oh oui… ça peut arriver. Par exemple en Allemagne, quand je suis rentré dans un bar punk . Je ne sais pas si c’était des punks ou autre chose, mais ça s’est passé moyen. Ça a dégénéré et ils m’ont foutu dehors, mais ça aurait pu être pire: ils m’ont cassé du matériel et ils ont essayé de me faire mal. Pas très sympa…
“Les gens plus pauvres sont plus accueillants”
Vous avez sillonné des dizaines de pays avec des cultures de l’accueil très différentes. Quels sont les endroits du monde où vous avez trouvé les gens particulièrement accueillants ?
Parmi les endroits vraiment accueillants, il y a le Maroc… … et la Polynésie. Dans les endroits où c’est plus difficile, ce n’est pas que les gens ne sont pas accueillants, c’est plutôt lié à des codes sociaux différents. Par exemple aux Émirats, c’est difficile d’entrer chez les gens. Quand tu arrives avec ta culture différente qu’ils connaissent mais qui ne leur plaît pas trop, ça ne les branche pas trop que tu viennes dormir chez eux. De toute façon je ne pourrais entrer que dans la pièce où l’on reçoit.
Est-ce que le niveau de développement du pays joue sur l’accueil ?
Oui ça joue, mais ce n’est pas lié à 100%. Il y a des pays peu développés où les gens n’ouvrent pas leur porte, parce qu’ils n’aiment pas les étrangers, qu’ils s’en méfient. Mais une chose est sûre: quel que soit le pays, les gens plus pauvres sont plus accueillants. C’est un truc que j’ai pu vérifier. Les riches ont peur qu’on leur pique ce qu’ils ont, alors que ceux qui n’ont rien ou pas grand-chose ouvrent leur porte beaucoup plus facilement.

Comment choisissez-vous vos destinations ? Avez-vous le dernier mot ?
Ce n’est même pas que j’ai le dernier mot, c’est que je n’en discute avec personne. Enfin j’en discute amicalement, mais il n’y a pas de débat. Parce que ça demande tellement d’énergie que si tu n’es pas convaincu par ce que tu vas faire, tu ne peux pas le faire.
Il y a des pays que vous regrettez de ne pas avoir pu faire encore ?
L’Ukraine, par exemple. Je voulais y aller…j’ai hésité…et finalement je suis allé ailleurs et maintenant ce n’est plus très facile à faire. C’est dommage car cela aurait été intéressant.
“Il n’y a pas de recette”
Vous auriez des conseils à donner aux simples voyageurs pour briser la glace avec les locaux ? Y-a-t-il une recette particulière ?
Non. Parce que je n’arrête pas de m’adapter à la personne que j’ai en face de moi. Quoi dire… non, je n’ai pas vraiment de conseils à donner. Il faut juste faire spontanément ce qu’on a envie de faire et ce qu’on ressent. Mais il n’y a pas de recette.
Votre technique a-t-elle évolué au fil des saisons pour entrer en contact avec les gens, pour leur inspirer suffisamment de confiance et qu’ils vous ouvrent leur porte ?
Oui bien sûr, je me suis nettement affiné. Je sais mieux évaluer ce que je peux faire et ne pas faire, je suis beaucoup plus efficace. Je demande moins à des gens alors que ça ne servirait à rien. Avant je me trompais beaucoup plus et parfois j’étais content parce que je trouvais des gens pour m’héberger mais ça ne servait à rien au final parce que c’était des gens qui n’avaient rien à dire. Mais je me fais plus surprendre en rencontrant des gens que je pensais fermés et qui sont ouverts, que des gens que je pensais ouverts et qui sont fermés, ça c’est clair.
Il y a eu des déconvenues dans cette saison ?
Non, en fait c’est plus l’inverse qui m’arrive, c’est de penser qu’une personne n’est pas sympa ni ouverte alors qu’elle l’est. Beaucoup de gens quand ils sont en “position de repos” font la tronche, mais dès que tu leurs parles et souris, ils s’ouvrent.
Quelles sont les principales limites des rencontres dans vos reportages : la langue, la différence culturelle, la méfiance, la présence de la caméra…?
Un peu tout ça. La présence de la caméra n’est pas mauvaise car elle explique ce que tu fais et ça rassure les gens. Si je n’avais pas de caméra, ils se demanderaient beaucoup plus quelle est ma motivation. Par exemple si je veux des sous ou profiter d’eux. La caméra aide. Mais il faut savoir qu’elle interfère beaucoup moins que dans ce que l’on voit ailleurs à la télévision.
Les gens se rendent compte qu’ils sont filmés, qu’ils vont passer à la télé ?
Oh non, au départ, bien sûr que non. La plupart se rendent compte que je filme, mais ils ne savent pas forcément qu’ils sont filmés, au moment où je les rencontre. Je leur dis le plus tard possible, car le rapport est beaucoup plus intéressant tant qu’ils ne vivent pas pour la caméra. Et la technique, c’est de passer progressivement de la petite caméra à la grosse caméra (qui n’est pas grosse du tout, en fait) et qui fait qu’après ça ne leur pose plus aucun problème que je les filme.

Vous leur envoyez le film ensuite…
Oui, mais ça met très longtemps car je l’envoie après la diffusion.
…et il y a peu de retours. Pour quelle raison ?
J’en ai quelques-uns, mais vraiment très peu. J’ai reçu une fois un email de quelqu’un qui n’était pas content, un jeune Indien que j’avais filmé pendant qu’il jouait de la musique religieuse. Il se plaignait car je n’avais pas diffusé le morceau en entier.
Ça vous est déjà arrivé de rentrer de reportage sans rien à vous mettre sous la dent ?
Non. Jamais. Un jour peut-être… Ce qui m’est arrivé : j’attendais mes caméras au Belize et on me les a envoyés au Mexique, alors j’ai dû aller les chercher là-bas et je n’ai pas eu le temps de faire le Belize comme c’était prévu.
Une expérience, une rencontre qui vous a particulièrement marqué ?
Dans cette saison, le couple d’Allemands de l’Est qui raconte comment c’était pendant la séparation des deux Allemagnes. La femme raconte que son père était parti à une manifestation et qu’elle ne l’a revu que quatre années plus tard… Sans savoir pendant ce temps s’il était vivant ou pas. Sinon, il y en a eu plein de belles rencontres. Une dont je me souviens particulièrement et qui était touchante, c’est la rencontre de Sumaré dans le tout premier épisode, tourné au Mali en 2003. C’est un clochard qui vit dans la rue avec rien et qui vivra tant qu’il pourra tenir le coup. Une belle rencontre, car il avait une belle gueule, il parlait bien, il était authentique et spontané. Mais il y en a pratiquement dans chaque épisode.
Une version en direct de “J’irai dormir chez vous”
Vous regardez des émissions de voyage à la télé ? Lesquelles vous plaisent ?
Je n’en regarde pas trop en fait. “Nus et culottés”, j’aime bien. Ensuite il y a d’autres émissions mais plus classiques, plus préparées. Ce qui est intéressant c’est l’improvisation et la spontanéité.
Vous avez des projets en cours en parallèle ?
J’en ai plein, mais qui n’avancent pas assez vite. J’ai envie de faire de la fiction et j’envisage de faire une version en direct de “J’irai dormi chez vous”. C’est en développement, on cherche, on avance bien.
D’où l’émission en direct dans Paris au début du mois d’octobre ?
C’était à la fois une opération de com’ pour la nouvelle saison et une façon de tester l’interactivité et le direct. On voit un mec qui se balade dans une voiture à pédales et ça n’a l’air de rien, mais derrière, il faut un car régie avec plusieurs techniciens. Et encore c’était en français, rajoute à ça la traduction simultanée… Ça risque d’être un truc compliqué, mais qui risque fort d’être très intéressant.

Avec le même titre ?
On va probablement garder “J’irai” car c’est la marque de fabrique mais pour le reste le but ne sera pas forcément de dormir chez les gens. Mais ce sera bien sûr toujours de faire des rencontres.
Rendez-vous samedi à 18H10 sur France 5 pour voir Antoine au Cap-Vert !