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Le Magazine du Voyageur
  •   7 min. de lecture

Avant de se lancer dans la réalisation de films documentaires, Manuel a pratiqué le rugby à haut-niveau (patronyme oblige) et travaillé à la City de Londres. Vous l’avez peut-être vu depuis dans les « Nouveaux Explorateurs » de Canal+ en train de défier un sumo au Japon ou de faire de l’escrime avec les Surma en Éthiopie. Sport et découverte n’ont jamais fait aussi bon ménage qu’avec lui et c’est pour ça que nous l’avons interviewé !

Bonjour Manuel. Tout d’abord, peux-tu nous dire quelle est ton actualité niveau voyages-reportages, sur quoi bosses-tu en ce moment ?

Je viens de terminer la saison des Nouveaux Explorateurs. On a fait un dernier voyage dans les grands lacs en Afrique, au Rwanda, en Ouganda et au Burundi. Et maintenant, dans un autre cadre, je suis en train de préparer un film sur les grands entraineurs de sport dans le monde. Le but du film, c’est de croiser les regards de grands entraineurs de sport. La figure de l’entraineur m’intéresse car c’est à la fois une figure paternelle, de transmission, de professeur et aussi une figure de manager. Ils manipulent la plus complexe des matières : la matière humaine. Je trouvais intéressant de confronter dans des sports et surtout dans des pays et des cultures différents des gens qui se sont attachés à mener d’autres personnes, pour voir leurs méthodes, leurs cultures, comment ils abordent le corps, les rapports humains…Je pars pour cela en Nouvelle-Zélande et en Chine à la fin du mois.

En Nouvelle-Zélande je vais rencontrer l’entraineur des All Blacks champions du monde 2011 de rugby. C’est un sport dans lequel j’ai grandit, que j’ai pratiqué, je viens d’une famille ovale. C’est un milieu et un univers qui me sont assez chers car c’est un milieu de grande fraternité et de grande convivialité. J’ai fait 75 pays, mais jamais encore la Nouvelle-Zélande, la Mecque ou le Nazareth du rugby ! Ça faisait très longtemps que j’en avais envie et là j’y vais dans le cadre de deux passions : les voyages et le rugby, donc c’est parfait.

Je vais ensuite en Chine pour rencontrer les entraineurs de l’équipe nationale de gymnastique qui entrainent souvent de très jeunes athlètes, dans un état quand même totalitaire avec des méthodes militaires. Je veux voir comment ça se passe là-bas et confronter ces points de vue avec d’autres grandes figures du sport dans des pays ou des cultures qui nous sont plus familières.

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« Un ballon, c’est le meilleur des passeports pour aller à la rencontre des gens »

Au cours de tes voyages, quel est le pays qui t’a semblé le plus marqué, le plus façonné par un sport ? 

Difficile de répondre à brûle-pourpoint… Le sport est une activité incroyablement universelle. Il n’y a pas un village au monde où on ne pratique pas un sport. Après les fonctions vitales – dormir, se nourrir, se reproduire – le sport et la musique sont les activités les plus répandues, qui transcendent les cultures, les classes sociales, les religions, les géographies. J’ai toujours trouvé que le sport c’est une petite fenêtre – peut-être modeste mais très efficace – sur le monde. Et un ballon c’est finalement le meilleur des passeports pour aller à la rencontre des gens que tu ne rencontrerais pas d’habitude et qui ont peu de choses en commun avec toi. On se ressemble tous sur un terrain de sport, c’est un endroit qui est assez démocratique. Et ça nous ramène à un truc d’enfance, c’est le jeu avant tout.

Quel est le sport le plus fou et le plus insolite que tu as découvert au gré d’un voyage ?

J’ai souvent été touché et intéressé par les sports un peu « exotiques », un peu « folkloriques », qu’on ne connait pas forcément, mais qui ont dans une communauté et une géographie données une fonction sociale et récréative. Il y a à la fois quelque chose de l’ordre de la découverte et du folklore, tout en gardant des valeurs de partage et d’universalité. Si il fallait en retenir quelques-uns allez je dirais… :

Les lutteurs de Mongolie, qui représentent une vraie caste. Deux hommes face à face dans un espace clos. C’est un schéma qu’on retrouve dans plein de sports différents – de la boxe au judo en passant par les sumos – mais en Mongolie… Chaque village de nomade a son lutteur et parfois il y a des grands championnats où tout le monde se retrouve au milieu de la steppe, ça c’était bien dingue, visuellement et humainement.

Comme l’aventure est parfois au coin de la rue, j’avais découvert un sport que j’ai adoré à Florence. Chaque année depuis 500 ans, les quatre quartiers de la ville s’affrontent dans une espèce de soul de jeux complètement moyenâgeux, sorte de mélange de rugby, de boxe de lutte. C’est un truc identitaire et hyper violent, mais en même temps très graphique, car tous les mecs sont tatoués. A la fin, tout le monde se fait la bise alors qu’ils se sont mis comme des chiens sur le terrain.

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Parmi les trucs exotiques qu’on ne connait pas : je suis allé à l’île de Pâques, un endroit très chargé, très habité, avec des ondes particulières. Il y a une sorte de triathlon primitif où ils font la descente d’un volcan sacré sur des troncs de bananiers, comme une descente en luge. Avec tout un rituel pour enfourcher le tronc de bananier. C’est un sport de glisse très extrême à la sauce polynésienne et pascuane. Ça raconte à la fois une histoire, une culture, une tradition qui se perd, mais entretenue par des gens attachés à leur culture. Ça m’avait beaucoup marqué.

Le sport est un prétexte pour moi. Ça permet de parler de plein de choses de façon pas polémique : le rapport au corps, les rapports homme-femme. Et il y a du sacré, de la tradition. Quand tu découvres un endroit quel qu’il soit au travers du sport, tu trouves toujours des histoires. Et j’ai la conviction que quand tu commences à jouer avec quelqu’un et que tu partages un peu d’effort et de sueur, tu as plus de chance d’aller boire un verre après avec.

« Quand le sport fait écho à des questions plus existentielles… »

Quel est le reportage qui t’a procuré le plus de plaisir à réaliser? Et celui dont tu es le plus fier?

Le plaisir est multiforme. Parfois j’aime bien le film, mais le tournage a été compliqué, d’autre fois le tournage est génial, mais le film est un peu moins bien qu’escompté. Les tournages qui m’ont le plus plu, c’est quand le sport finit par avoir un sens, une signification, qu’il fait écho à des questions plus existentielles et plus profondes. Par exemple, quand je suis allé dans les Grands Lacs pour faire un sujet sur la réconciliation par le sport au Rwanda, on sort de l’anecdotique. Le sport devient un prisme pour découvrir l’histoire du pays et l’histoire des gens. On a fait un reportage sur le handisport des personnes mutilées pendant la tragédie d’il y a 20 ans et qui se retrouvent maintenant à jouer dans la même équipe de volley alors qu’elles avaient été ennemies. C’était vraiment fort car le sport ça sert d’abord à rapprocher les gens. Quand tu arrives à trouver des sujets où il y a un peu d’exotisme, que tu es en voyage, et que ce sujet modeste t’amène à ce genre d’enjeu, ça remplit toute sa mission.

J’ai aussi ressenti ça en Israël. On est allé faire un sujet sur une des rares équipes de foot où des Juifs et des Arabes jouent ensemble dans un petit club qui, envers et contre-tout, a fait de la mixité sociale un fondement de sa politique sportive et même de sa philosophie. Ce jour-là, ils jouaient contre le Beitar Jerusalem, qui est un club avec des extrémistes. Le matin j’étais à la mosquée avec le capitaine de l’équipe qui est musulman et le soir je faisais Shabbat chez le vice-capitaine ! J’aime qu’avec mon petit sujet du sport, on puisse parler de politique, de société et d’enjeux qui dépassent ce cadre du terrain.

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Y-a-t-il un pays ou un sujet qui t’attires et que tu n’as pas encore pu faire?

J’ai eu la chance d’en faire beaucoup dans des univers et des géographies très différents. Il y a quand même un truc qui me manque: je ne connais pas bien le froid, le grand froid. Je ne suis jamais allé au Groenland, en Alaska ou dans le grand Nord canadien. Et ça me plairait beaucoup de rencontrer les gens dans ce genre d’environnement, dans le grand blanc.

Plus personnel: quel a été le déclic qui t’a permis de te lancer dans cette carrière? C’est un sacré saut depuis la City de Londres où tu bossais…

Ouais… Il y a un âge où on fait les choses pour se prouver ou pour réparer quelque chose. A 20 ans on a moins le loisir de choisir sa voie, et je me suis retrouvé à faire des études assez longues, j’avais très envie d’être un bon élève mais pas forcément pour les bonnes raisons. Et puis vers 30 ans vient la quête de sens. Je me suis dit : « Qu’as-tu fais de tes rêves de gamin ? Tu es à la City en costard et bientôt t’auras un prêt immobilier, un chien, un Range Rover et voilà. » C’est toujours bien de se reconnecter avec des aspirations et des rêves qu’on a eu tendance à oublier. J’ai eu la chance d’avoir à la fois des parents qui m’ont éduqué dans l’ouverture et avec qui j’avais pas mal voyagé. Et je me suis dit que j‘aimerais faire un boulot qui me reconnecte avec quelques chose de plus sincère, plus créatif et surtout plus personnel. J’ai essayé de trouver une formule qui pouvait associer les deux axes qui m’étaient chers. Ensuite, un peu de chance, un concours de circonstances et je me suis retrouvé sur Canal+ aux « Nouveaux Explorateurs ».

Merci !


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