Magazine du Voyageur icon
Magazine du Voyageur
  •   6 min. de lecture

Vous avez des souvenirs de voyage plein la tête ? Pourquoi ne pas les immortaliser par écrit ? Ne serait-ce pas un merveilleux moyen d’occuper votre temps libre ? Oui mais voilà. Vous vous dites sûrement que l’envie ne suffit pas et vous avez raison. C’est comme pour tout, écrire un bon récit de voyage ne s’improvise pas complètement. Il y a quelques règles à respecter et plein d’astuces à connaître. Nous vous en livrons ici quelques-unes qui vous aideront à faire honneur à vos plus belles expériences.

1. Réfléchissez bien à ce que vous voulez transmettre

Commençons par le commencement. Ce 1er conseil peut vous sembler évident. Pourtant, nombreux sont ceux qui oublient la base et commettent cette erreur fatale : se lancer dans l’écriture sans avoir les idées claires sur ce qu’ils veulent raconter

Votre texte doit, en effet, être structuré. Votre connaissance de la destination sur laquelle vous avez choisi d’écrire fait de vous un guide pour le lecteur, une boussole. Celui-ci s’attend à ce que vous le plongiez au cœur d’une aventure surprenante MAIS en suivant un cap. Par conséquent, évitez de vous éparpiller. 

Pour définir l’axe général, vous pouvez procéder par élimination ; voyez grand puis affinez. Pensez à ce que vous voulez dire et résumez-le en 7 idées-clés. C’est fait ? Maintenant, gardez uniquement les 4 qui vous ont le plus convaincu. Ça y est, vous êtes prêt à prendre la plume !

Mont Fudji Japon

2. Inscrivez-vous dans un genre littéraire

Une fois que vous savez ce que vous voulez raconter, reste à définir comment vous voulez l’écrire. Il existe de nombreux genres littéraires adaptés au récit de voyage et certains vous permettront de vous exprimer mieux que d’autres. Tout dépend de votre sujet, et la manière la plus pertinente de le développer s’impose souvent naturellement. Voici quelques exemples, au cas où vous auriez besoin d’orientation.

Le carnet de voyage

Un carnet de voyage est comme un journal de bord, un témoignage régulier voire quotidien de votre périple. C’est la forme la plus habituelle pour ce type de récit, et aussi la plus flexible. Vous pouvez décider d’y exprimer vos ressentis ou bien de rester laconique et factuel. C’est un excellent support pour démarrer sans pression, notamment si vous n’êtes pas particulièrement à l’aise avec les descriptions. Votre seule contrainte qui aura tout d’un défi : être synthétique ! Vous aurez envie de tout raconter mais devrez faire face à la dure réalité d’un espace limité.

Le recueil épistolaire

Cet autre grand classique de la littérature de voyage a l’avantage de présenter les choses de façon plus subjective. Le principe est simple : vous partagez votre expérience avec un proche, par courrier ou par mail. Le choix du destinataire est déterminant car structurant. Vous ne raconterez pas les mêmes choses avec les mêmes mots à un bon ami, à votre mère ou à un enfant.

Le texte narratif

Ce genre-là est une figure libre en soi. Il vous permet de dérouler votre histoire comme bon vous semble, par jour, par destination ou en suivant tout autre fil rouge. S’il est sans contrainte et sans cadre, il requiert en revanche quelques aptitudes. Il vous faudra en effet une imagination fertile pour l’alimenter et une certaine maîtrise des techniques d’écriture pour réussir à captiver le lecteur de bout en bout.

L’essai

Enfin, pour les plus littéraires, cultivés et téméraires, il y a l’essai… pas simple à transformer mais tellement riche ! Plus que jamais, le chemin est tout aussi important que le but : c’est un voyage dans le voyage. Vous devez être prêt à vivre l’expérience à fond. Il nécessite de la réflexion, de l’introspection et souvent même de l’érudition mais donne à votre histoire une autre dimension, au-delà de la simple expérience personnelle.

Route Australe - Chili

3. Documentez-vous

Un lecteur qui plonge dans un récit de voyage est en quête d’évasion et de nouvelles perspectives. Ses attentes sont fortes, tout autant que les vôtres au moment de partir à l’aventure. L’approche d’un touriste en vadrouille et celle de quelqu’un ayant des velléités d’écriture ne peuvent pas être les mêmes, l’une tient de la détente, l’autre de la mission. Le premier n’a pas besoin de comprendre toutes les subtilités locales ; le second si. Pour bien écrire sur une destination, il faut s’en imprégner au préalable. Sans excès, sans viser le niveau de thèse non plus (!). Mais connaître l’essentiel de l’histoire du pays, son art, ses coutumes, ne pourra qu’enrichir votre texte. Sans parler de votre culture personnelle.

4. Lâchez-vous, mais pas trop !

C’est inévitable. Lorsqu’on couche sur papier une expérience vécue, il y a de l’affect. On se laisse vite embarquer et dépasser par nos émotions. On perd le fil et, le lendemain matin, on ne sait parfois plus très bien ce qu’on a voulu dire. Or vous écrivez sur vous-même mais pour les autres, pour faire passer un message. Cela requiert de la maîtrise de soi. Soyez sincère, c’est comme ça que vous toucherez les gens, mais sans pour autant vous mettre totalement à nu dans le chaos. Tout est dans la nuance.

5. « Moi je », « moi je »… 

Non, non… 😉 Si, par essence, un texte personnel est forcément subjectif, il est essentiel  de trouver la bonne distance par rapport à celui-ci. Vos lecteurs ne partageront pas tous votre point de vue, ne disposeront pas tous des mêmes clés de compréhension du monde qui nous entoure. Certains auront même une perception des choses radicalement différente, aux antipodes de la vôtre ; et tant mieux, car cette diversité vous oblige à vous poser les bonnes questions. Pour écrire un texte aussi personnel qu’universel, demandez-vous quels événements au cours de votre voyage ou quelles émotions ressenties pourraient résonner en chacun, et comment les transmettre avec justesse.

Pompei Italie iStock

6. Travaillez vos descriptions en profondeur

Il n’y a pas de récit de voyage qui tienne sans bonnes descriptions. Elles sont LA fenêtre que vous ouvrez au lecteur sur ce que vous voyez et font toute la différence. Malheureusement, elles sont aussi ce qu’il y a de plus difficile à écrire.

Oubliez l’idée reçue que toute description qui se respecte doit être longue et ultra-détaillée ; elle est fausse. Un adjectif bien pensé et bien placé, précis, vaut bien mieux que des propositions subordonnées et adverbes en cascade. Faites confiance à votre lecteur et donnez-lui le pouvoir de créer à son tour. Fournissez-lui les bons indices, le cadre et les émotions que celui-ci provoque en vous, puis laissez-le s’imaginer la scène. Si au final, les couleurs qui naissent dans sa tête ne sont pas les mêmes que celles que vous avez eues sous les yeux, cela n’a pas d’importance, tant qu’il les ressent avec la même intensité que vous.

7. Faites le tri dans vos anecdotes

Les anecdotes sont le sel du récit de voyage. Elles sont ce qui n’arrive pas à tout le monde et qu’un lecteur adore découvrir au fil des pages, ces petits moments de grâce (ou de disgrâce !) que vous n’êtes pas prêt d’oublier et que vous lui offrez. Attention donc, car elles sont surpuissantes. Elles créent une véritable intimité lorsqu’elles sont utilisées à bon escient ; le cas échéant, c’est l’effet boomerang assuré. Bien choisies, insérées par petites touches, elles viennent illustrer votre propos et renforcer l’histoire ; accumulées, elles brouillent complètement la structure.

8. N’oubliez jamais que tout voyage est une transformation

Les récits de voyage les plus réussis ont un indéniable point commun : dans leur grande majorité, ils sont initiatiques, ils témoignent d’une transformation profonde chez le narrateur. L’Aventure (oui, avec un grand « A »), qu’elle soit vécue à l’autre bout du monde ou au coin de la rue, est tout autant extérieure qu’intérieure depuis la nuit des temps. Lorsque vous écrivez donc, n’hésitez pas à mettre des mots sur comment vos rencontres et découvertes vous ont fait grandir, vous ont permis de mieux vous connaître et d’évoluer.

9. Inspirez-vous des autres

Pas besoin de découvrir un nouveau continent pour être original (et heureusement !). Tous les plus grands artistes ont puisé l’inspiration dans le travail de leurs pairs, avec plus ou moins d’élégance d’ailleurs. N’hésitez pas à faire de même. Ces écrivains référents, ces textes qui vous ont marqué, vous montreront la voie. À vous ensuite d’y laisser une trace unique qui vous ressemble. Vous pouvez commencer par explorer la littérature de voyage sous toutes ses facettes, de Jack Kerouac à Charles Dickens en passant par Jules Verne, Sylvain Tesson ou Titouan Lamazou. Au-delà du plaisir que procure ce type de lectures, cela vous aidera à mieux vous positionner.

carnet de voyage

Nous vous avons tout dit. C’est maintenant à vous de jouer, ou plutôt d’écrire !

Crédits : istock

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.