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Dans les coulisses du métier d’auteur de guide de voyage

Claire Angot est journaliste chez l’éditeur de guides de voyages « Lonely Planet ». Elle nous raconte les dessous de son métier et nous livre quelques conseils et bons plans.

Journaliste-auteure de guides de voyage, ça fait rêver. Mais il y a forcément un mais… Est-ce si rose qu’on le pense ? 

Difficile de se plaindre quand on passe sa vie sur les plus belles routes de France, à tester les meilleures randonnées, les plus belles sorties en mer… Et pourtant oui, il y a un bien un « mais ». Ce ne sont pas des vacances, mais bel et bien un travail, et un travail qui demande beaucoup d’énergie et de patience. Lors des enquêtes de terrain, on est toujours sur le qui-vive, il faut être efficace.

L’enquête commence dès le réveil à l’hôtel (test du petit-déjeuner) et se poursuit jusque très tard dans la nuit (bars, boîtes de nuit…). On peut voir une dizaine d’hôtels dans la journée, 4 restaurants, 3 ou 4 bars ou salons de thé/glaciers, 2 musées, une église, un camping, des prestataires d’activités de plein air, aller vérifier une piste cyclable ou un itinéraire de randonnée… Il faut accumuler un nombre d’informations record, avoir une excellente mémoire et une bonne résistance physique, savoir décrire précisément des lieux avec un vocabulaire précis, et surtout avoir une solide culture générale pour pouvoir appréhender avec la même justesse les particularités d’une cathédrale gothique comme les étapes de fabrication de tel fromage de chèvre fermier.

Le soir venu, on aimerait vite retrouver sa couette mais il faut encore trier les nombreuses photos prises dans la journée, classer ses notes et la documentation accumulée ici et là en étant très organisé, préparer les entretiens du lendemain… Au bout de 3 jours d’enquête, on est déjà complètement assommé, mais il faut tenir ! Une fois rentrée, la rédaction doit aussi être très minutieuse. Il faut pouvoir écrire vite mais sans oublier de recouper plusieurs fois les informations, toujours revérifier les prix et les horaires… C’est parfois laborieux, mais les bons moments sont aussi très souvent au rendez-vous ! Rassurez-vous.

portrait moi - 3

Comment s’organise ton quotidien, entre reportages et temps morts ? 

Mon éditeur me confie une zone précise à couvrir, sur laquelle je commence à travailler avant de partir (prise de contacts, élaboration d’un planning, recherche d’experts…). Le plus souvent je pars sur des périodes de 3 semaines. Une fois arrivée, la consigne est simple : visiter un maximum d’établissements et ne garder que les meilleures adresses. Je peux passer plusieurs jours dans une grosse station balnéaire ou de ski, mais il y a aussi des journées où je visite plusieurs petits villages de charme à la suite. Concrètement, je change d’hôtel ou de chambre d’hôtes tous les soirs et la plupart du temps, le matin, je n’ai aucune idée de l’endroit où je vais dormir le soir-même.

Quand une destination ne t’emballe vraiment pas… mais qu’il faut bien écrire quelque chose, comment cela se passe-t-il ? 

Impossible ! Je couvre le plus beau pays du monde ! Je suis vraiment convaincue qu’il y a dans chaque destination matière à émerveillement. Certaines villes se donnent simplement moins rapidement à voir que d’autres, il faut avoir quelques clés d’explication pour mieux en goûter les charmes. Par exemple, on apprécie sans doute mieux Le Havre quand on sait qui est Auguste Perret et ce qu’il a fait pour la reconstruction de la ville après la Seconde Guerre mondiale.

Mais pour répondre entièrement à la question, si dans mon brief de départ, mon éditeur me suggère d’évoquer un village qui, après enquête, se révèle morne et sans intérêt, alors je lui en parle et on peut prendre la décision de ne pas le mentionner. Pas question de conseiller à un lecteur un village où l’on n’a soi-même pas eu de plaisir à séjourner ! C’est le critère de base.

En travaillant de façon anonyme, pour inspecter un hôtel par exemple, t’est-il déjà arrivé de te faire démasquer ? Quelle est la réaction des pros du tourisme lorsqu’ils savent que tu es journaliste ? 

Quand je visite un hôtel, je ne dévoile pas mon identité, je joue le rôle d’une cliente assez maniaque qui veut organiser ses vacances à l’avance et je pousse l’inspection le plus loin possible, jusqu’à être assez agaçante, je dois dire… En fait j’essaye d’avoir le maximum de réponses à mes questions sur les tarifs, le bruit, l’hygiène, les atouts des différentes chambres les unes par rapport aux autres. Du coup, je passe simplement pour une cliente pénible auprès des hôteliers, mais je n’ai pas le souvenir d’avoir été démasquée. Une fois un d’entre eux m’a dit : « Avec le soin que vous mettez à regarder les chambres, vous pourriez être inspectrice pour des guides de voyage ! « . J’ai répondu que j’aimerais beaucoup faire ce genre de métier où l’on est payé à ne rien faire et à être en vacances, et j’ai bien rigolé en sortant…

Comment devient-on journaliste spécialiste du voyage ? Des conseils à prodiguer pour ceux qui voudraient suivre tes traces ? 

Chaque auteur a un parcours différent. Pour ma part, je suis diplômée de l’École de Journalisme de Lille, qui est une excellente formation. J’ai commencé comme rédactrice pour France 3 régions. Je réalisais des reportages « cartes postales » pour faire découvrir un monument méconnu, une abbaye, un site naturel… Ça m’a très vite passionnée ! J’aimais aussi voyager en indépendant aux quatre coins de la planète avec les guides Lonely Planet. Un jour j’ai fini par envoyer une candidature, et j’ai eu la chance d’être recrutée après un test d’écriture. Quelle que soit la formation, ce qui est certain, c’est qu’il faut être très curieux, avoir une excellente culture générale, un goût très prononcé pour l’écriture, ne pas craindre la solitude et ne pas se faire trop d’illusions…

Le reportage qui t’a laissé le meilleur souvenir et dont tu es le plus fière ? 

J’ai beaucoup aimé arpenter la Haute-Savoie pour la création du guide Savoie-Mont-Blanc, dans notre collection « L’Essentiel ». Cette nouvelle collection pointe les immanquables d’un secteur et elle est très riche en photos, histoire de mettre le voyageur en appétit. Pour l’auteur, c’est un vrai défi car il faut être bon photographe, déjouer une météo aléatoire et un relief capricieux, explorer plusieurs hameaux avant de trouver la petite chambre d’hôtes de rêve, perdue dans un chalet deux fois centenaire avec vue incroyable sur un massif… Ça n’a pas été de tout repos mais quel délice de tutoyer les cimes ! J’ai vraiment été envoûtée par la vallée de Chamonix et le pays du Mont-Blanc.

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Une anecdote, une rencontre de voyage inoubliable ? 

Il y a eu cette cabane ostréicole perdue sur la côte atlantique, le genre de petite gargote très conviviale où l’on vient s’attabler au coude-à-coude avec son voisin et déguster une douzaine d’huîtres ou du poisson frais. On était en septembre et je venais tester l’endroit de manière anonyme. À mon arrivée à midi pile, le tenancier haut-en-couleur me tutoie d’emblée et me dit :  « Tu sais servir ? Mes saisonniers ne sont pas là, on s’est tous couchés à 7h du matin pour fêter la fin de la saison. J’ai besoin d’un coup de main ! «   Après tout, c’était un bon moyen de tester les lieux. Je me suis improvisée serveuse le temps du déjeuner dans une ambiance de fête ahurissante et le reste de la journée mon hôte m’a prodigué des dizaines d’excellents conseils pour découvrir la région. Un très bon souvenir ! 

Tu as écris un guide sur Lyon ? Y a-t-il un truc secret à faire que tu n’as pas mentionné dans le guide, que tu partagerais avec nos lecteurs ? Peux-tu nous dire comment déguster un bon plat régional à Lyon sans se ruiner ? 

Mon astuce est très simple : acheter le guide « Lyon en quelques jours ». Je ne garde aucun secret, je partage tout ! Plus sérieusement, pour bien manger à Lyon, le conseil de bon sens, que la plupart des touristes ne suivent pourtant pas, c’est d’éviter la très touristique rue Mercière, qui fourmille de bouchons décevants. Idem pour le Vieux Lyon, même si c’est un peu moins vrai. On peut par exemple manger les meilleures quenelles de Lyon au Café du Soleil, rue St-Georges. Côte bouchon, j’ai un gros faible pour Le Musée, rue des forces. Avec un patron aussi passionné que généreux et des prix plutôt doux.

Tu travailles actuellement sur la Corse. Quels sont tes projets futurs ? Sur quelles destinations aimerais-tu écrire ? 

Je viens tout juste de finir la dernière mise à jour de notre guide consacré à la Corse et je termine avec d’autres auteurs un tout nouveau titre dédié à la Vendée et à la Charente-Maritime. Cette portion de la côte atlantique, qui englobe également le Marais Poitevin, est vraiment sublime. Il y aura de très belles découvertes à la clé ! Autrement, étant passionnée de montagnes, la Réunion ou le Pays basque font partie des titres sur lesquels j’aimerais beaucoup travailler à l’avenir. Qui vivra verra ! 

3 réactions

  • Ophély Répondre

    J’ai tenté l’expérience mais ma culture gé ou mon écriture n’ont pas été retenues par le guide de voyage (d’une autre édition que la vôtre). Je ne me berçais pas d’illusions mais je ne voulais pas avoir le regret de ne pas avoir essayer.
    Alors à défaut, si je peux aider, je reste à dispo. Mes parents vivent à la Réunion que je commence à bien connaître et j’habite sur la Côte Basque.

  • Lucile Répondre

    Bonjour passionnant votre article avez vous un blog ou une page facebook pour que je puisse vous suivre et bénéficier des bonnes adresses que vous trouvez ^^ qu’avez vous fait comme études ? merci de votre reponse

  • Cécile Répondre

    Très intéressant cet article. Ça doit parfois être frustrant de se faire passer pour une cliente exigeante et agaçante alors qu’il s’agit en fait de questions très professionnelles et déterminantes pour l’évaluation de l’établissement.