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Le Magazine du Voyageur
  •   6 min. de lecture

Astrid, est une jeune Française de 29 ans, qui a décidé en 2013 de changer de vie, et de partir sur les routes du Monde pour voyager. Sa philosophie : le freeganisme. Elle parcourt la planète en autostop, et depuis peu en van, en dépensant le moins d’argent possible. 

Tu te trouves en ce moment en Suède, un pays réputé pour son coût de la vie élevé, comment réussis-tu à voyager à petit prix ?
Bonjour à tous ! Oui effectivement, je suis en Suède depuis quelques mois, et c’est loin d’être le pays le moins cher du monde ! En réalité, sur cette partie de mon aventure j’ai beaucoup de chance : je suis hébergée gratuitement car j’ai des proches à Malmö. En plus, la chambre que j’occupe est à deux pas d’un grand marché aux fruits et légumes, où je récupère près de 90 % de la nourriture que je consomme.

J’ai donc très peu de dépenses, entre 10 et 20 € par semaine, qui ne correspondent qu’à des extras (un paquet de café…), et je joue de l’accordéon pour récolter cet argent.
Avec mon petit diato!

 

Tu as fait le tour du monde pendant 3 ans, quel pays as-tu trouvé le plus facile pour voyager sans argent ?
Si j’ai fait le tour du monde pendant trois ans, j’ai tout de même dépensé pas mal d’argent ! J’ai pris des avions, payé des visas, des vaccins…

La Norvège est le seul pays où je suis parvenue à voyager sans argent à 100 % (très facile d’y faire du stop, du glanage alimentaire, et d’y planter sa tente un peu partout).

Ailleurs, même si d’autres le font, j’ai pour ma part dépensé lentement les économies que j’avais réunies lorsque je travaillais. Je rajouterais que si je tente de voyager sans argent dans les pays développés, il me tient à cœur d’apporter ma contribution, même modeste, dans les pays en voie de développement.

Manger pour quelques centimes d’euros un bon repas, tout en contribuant au salaire d’une famille : cela a pour moi tout son sens. Je ne voyage donc pas sans argent, du moins pas partout ou pas tous les jours, j’ai juste appris à faire beaucoup avec très peu.

 

Table-diving, glanage alimentaire… Tu utilises tout une série de techniques pour voyager sans trop dépenser, peux-tu nous en dire davantage et donner quelques conseils à nos lecteurs qui voudraient essayer ?
Si ces techniques permettent de supprimer un poste de dépense important, je les pratique avant tout pour des raisons éthiques. En voyageant, j’ai eu l’occasion de rendre visite à de nombreux producteurs locaux (de bananes, de thé, des éleveurs…), qui gagnaient pour beaucoup entre 30 et 50 € par mois, c’est-à-dire tout juste de quoi survivre et faire vivre leurs familles. Leur production, une fois bradée aux géants de la mondialisation, finit pour près de la moitié dans nos bennes à ordures. J’ai aussi rencontré des personnes ayant du mal à se nourrir, comme il en existe 805 millions dans le monde. Tout cela m’a fait énormément réfléchir.

J’ai réalisé qu’en Occident, nous vivons dans l’opulence, et jetons chaque jour dans nos poubelles des tonnes et des tonnes de produits alimentaires. Afin de rester en accord avec moi-même, je me suis donc mise au glanage alimentaire.

Faire du glanage (ou dumpster-diving en anglais) n’est pas très compliqué : il suffit bien souvent d’ouvrir la benne pour y piocher ce qui s’y trouve. Toutefois, selon les pays, les villes et les enseignes, certaines poubelles sont cadenassées, ou enfermées dans des locaux. C’est avec l’expérience mais également en échangeant avec d’autres glaneurs que l’on découvre les bons plans. Il est généralement facile de glaner partout où sont stockées des denrées alimentaires : supermarchés, marchés, commerces de bouche…
Glanage alimentaire en Italie

Il est également possible de récupérer la nourriture à même l’assiette dans les restaurants ou fast foods, lorsque les clients ne terminent pas leur repas (ce que l’on appelle aussi table-diving). Si je ne devais donner qu’un conseil, cela serait de respecter les lieux et de les laisser aussi propres que lors de notre arrivée sur place. Les glaneurs n’ayant pas toujours bonne réputation, il est préférable de renvoyer un message positif permettant d’expliquer au mieux le sens de notre action, plutôt que d’envenimer les choses.

Enfin, pour tout ce qui concerne la législation, les risques sanitaires et les techniques détaillées pour débuter, j’ai écrit sur mon blog un article complet sur le glanage alimentaire que je ne vais pas recopier ici, je le laisse découvrir à ceux qui souhaiteraient en savoir plus !

 

Outre l’aspect financier, qu’est-ce que le freeganisme apporte à tes voyages ?
Sur la route, j’ai eu le temps de réfléchir, de décider quelles étaient réellement mes aspirations futures, et quels choix de vie je souhaitais adopter. Si je suis devenue freegan, c’est surtout parce que j’ai eu envie de changer de mode de vie : aller à l’encontre de notre société du tout jetable, pour rester en accord avec des valeurs qui me sont chères, notamment la protection de l’environnement et le respect de l’être humain. Devenir freegan m’a donc permis de recentrer ma vie sur mes réels besoins, en m’affranchissant de ces nombreuses nécessités qui n’en étaient pas.

Par ailleurs, cela me permet de faire de belles rencontres tout au long de mon aventure, partageant avec d’autres des expériences de récupération, de recyclage, de partage ou de redistribution. De nouvelles amitiés sont nées, et nos philosophies s’enrichissent désormais mutuellement.

 

Tu as voyagé en autostop, puis maintenant en van, comment changer de moyen de transport a-t-il influencé ton voyage ?
Le plus grand changement a été de me couper brutalement du reste de la population. En stop, je passais mes journées à discuter avec les conducteurs, et certains d’entre eux m’hébergeaient même au sein de leur foyer. Quand j’ai commencé à vivre dans mon camion aménagé, je n’avais pas réalisé que je voyagerais désormais dans une sorte de petite bulle.

De même, le van étant équipé d’un lit, j’avais arrêté de faire du Couchsurfing. J’ai donc dû apprendre à recréer des liens de façon différente avec les habitants ou voyageurs, comme héberger à mon tour des couchsurfers dans le van (ou dans la tente que j’apporte systématiquement, au cas où!), et récupérer les auto-stoppeurs se trouvant sur ma route.
KODAK Digital Still Camera

Évidemment, le camion me coûte aussi plus cher que l’auto-stop. Je joue donc beaucoup plus d’accordéon pour financer le voyage (cela me permet aussi de faire quelques rencontres), et j’essaie lentement de monétiser un peu mon blog afin de payer l’assurance et l’entretien du véhicule. Aujourd’hui je parviens presque à équilibrer mon budget, j’espère donc être en mesure de pouvoir poursuivre ce mode de vie encore longtemps!

 

Quels sont tes projets pour la suite, ta prochaine destination ?
J’ai un grand projet pour la rentrée, d’ailleurs je ne l’ai toujours pas annoncé sur mon blog! Mais à vous je peux le dire : je pars en Grèce quatre mois, garder la maison d’un couple d’amis vers Kalamata, ainsi que leurs sept animaux. J’aime beaucoup ce pays, j’y ai voyagé quatre fois et j’ai désormais sur place beaucoup d’amis que j’ai hâte de revoir.

De plus, le climat grec sera en hiver beaucoup plus clément que la météo suédoise, qui fait déjà des siennes! Et puis, comme tous les ans, je passerai Noël avec ma famille, qui me manque et que j’attends de retrouver avec impatience.

Enfin, pour 2017, j’espère vivement refaire un peu d’auto-stop, car c’est pour moi la meilleure façon de découvrir une autre culture et de faire de belles rencontres. Je ne sais pas encore quelle direction je prendrai, mais j’ai déjà quelques idées en tête !

 

Un petit mot pour conclure ?
Voyager m’a ouvert de nombreuses portes. Faire le tour du monde est une opportunité extraordinaire, que je savoure à chaque instant. Consciente de ce luxe, j’essaie aujourd’hui de donner du sens à mon aventure, en espérant pouvoir continuer de grandir et de mûrir encore longtemps, grâce aux rencontres que j’ai la chance d’effectuer tout au long de ma route.
Dans les plantations de thé des Cameron Highlands, en Malaisie


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7 réponses à “Voyager sans argent – les secrets du freeganisme par Astrid d’Histoires de Tongs

  1. Super interview ! l’auto stop c’est clairement pas le moyen de transport le plus évident mais clairement le plus économique et celui avec lequel on peu avoir de très bon souvenir selon sur qui on tombe.

  2. Ça me rappelle un temps (lointain) où le stop était un mode de vie….
    Et où on pouvait voyager partout (ex Afghanistan …)

    J’ai 61 ans….

    1. Bonjour Serge klein,
      Le stop n’est effectivement plus aussi sûr et utilisé mais en regardant le bon côté des choses, des façons alternatives de voyager ont vu le jour telles que le covoiturage.
      Vous pouvez toujours aller à Kaboul et proposer le trajet sur le site de Blablacar même si cela n’est vraiment pas conseillé 🙂
      Bonne journée !

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