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Le Magazine du Voyageur
  •   6 min. de lecture

Anouar, Malika et leurs trois enfants – Meïssa, Mehdi et Maya, respectivement 9, 8 et 7 ans – se lancent dans le défi de leur vie : voyager autour du monde pendant 5 ans à bord d’un camping car. Après deux ans de préparatifs, la famille Atmani a quitté le Maroc le 6 août et débute sa grande aventure. Au même moment, Malika nous a fait le plaisir de répondre à nos question. Interview.

Comment est née cette envie de tour du monde ?

Mon mari a toujours rêvé de faire le tour du monde. Jeune, de mon côté, j’avais plutôt envie de construire une famille et je n’étais pas très enthousiaste à cette idée. Ce n’était pas le moment. Quand nos enfants ont eu 4 ou 5 ans, j’ai dit à mon mari que l’on pouvait commencer à y réfléchir. Puis, quand l’aînée à eu 7 ans, je lui ai dit : « ok, on le fait ». C’était le bon moment. Si on attend trop, les enfants sont trop grands et on ne peut plus les faire bouger. A 11 ou 12 ans, ils ont leur monde, leur cercle d’amis autour d’eux et tout devient plus compliqué.

Beaucoup de gens pensent qu’il est impossible de faire un tel voyage avec des enfants. Qu’en est-il selon vous ?

Il est clair que ce serait plus facile si on partait à deux adultes. Avec des enfants, toutes les inquiétudes sur la sécurité et la santé sont exponentielles. On fait plus attention aux assurances, aux modes de transports, aux itinéraires… Evidemment la première question qui vient en tête est la scolarité des enfants. Ce n’est pas évident à organiser mais il n’empêche que des solutions existent même si cela demande une implication forte de notre part. Ce n’est pas quelque chose qui nous fait particulièrement peur. Finalement, voyager en famille n’est pas une difficulté en soi, c’est simplement que tous les dossiers à traiter doivent l’être d’une façon plus approfondie. Au contraire, pour nous, c’est une motivation en plus de partir avec nos enfants.

Pendant les préparatifs, quelles ont été les principales difficultés à surmonter ?

Il y a l’aspect administratif qui est parfois compliqué mais nous avons eu le support du ministère des Affaires Etrangères marocain qui nous a aidé à monter les dossiers. Quand vous demandez un visa pour le Honduras en mai 2015, on vous répond souvent « Oui mais madame nous sommes en 2013… ». Donc la procédure n’est pas tout à fait normale. C’est la même chose avec les papiers administratifs qu’il faut fournir. Nous avons quitté nos emplois, nous n’avons plus de feuilles de paie, nous n’avons plus forcément d’assurance donc beaucoup de documents qui pourraient nous manquer. Là aussi le ministère nous a apporté son aide.

La famille Atmani au grand complet avant leur départ en tour du monde

Comment avez-vous obtenu le soutien du ministère ?

Assez facilement. Nous avons abordé notre tour du monde un peu comme un business plan avec un présentation très claire et un budget bien établi. Nous partons pour cinq ans donc ce n’est pas simplement un voyage, c’est une véritable changement de vie et il a fallu partir avec des éléments très concrets. Nous avons frappé à la porte de la division culturelle et de la coopération du ministère des Affaires Etrangères et ils ont été très réceptifs. Ils ont été charmés par le fait de voir quelque chose d’assez décalé par rapport à des opérations plus classiques de promotion du Maroc, tout en restant très rationnel, réfléchi et sérieux.

Vous évoquez des valeurs de famille, de courage, d’ouverture d’esprit que vous voulez emporter avec vous pendant ces 5 années. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Pour nous il était évident que nous faisions ce voyage pour offrir le monde à nos enfants et avoir le privilège de vivre cinq années pleines avec eux, ce qui aujourd’hui n’est pas à la portée de tout le monde. C’est la valeur familiale de base qui a motivé notre voyage. On aime partager ce que l’on vit et on s’est très rapidement rendu compte qu’organiser un voyage comme celui ci nécessitait beaucoup d’audace, de courage et d’abnégation. C’est aussi des valeurs que l’on veut emporter avec nous : montrer que l’on peut transformer l’impossible en possible. Nous avions aussi la volonté d’essayer, à notre échelle, en toute modestie, de faire rayonner notre culture marocaine sur les autres continents.

Comment ont réagi vos proches à l’annonce de votre départ ?

Nos parents ont eu un peu de mal à se faire à l’idée au début. Ils sont évidemment un peu âgés et nous ont dit « c’est des histoires de jeunes, on a du mal à comprendre ». Une fois que nous répondons aux inquiétudes légitimes de nos proches, c’est à dire l’éducation des enfants, la sécurité et l’argent, ils sont plus ouverts à écouter le cœur du projet. Aujourd’hui, nous avons un soutien total de notre famille, que ce soit au niveau moral ou en terme d’organisation. C’est magnifique. Il faut dire aussi que grâce à Internet et les nouvelles technologies, nous resterons bien sûr en contact.

Ressentez-vous certaines appréhensions ?

Nous travaillons sur ce projet depuis 3 ans et nous sommes allés dans tellement de détails que nous voudrions que tout soit parfait, mais ce n’est pas possible. Nous avons bien sûr des appréhensions. Depuis quelques semaines, nous sommes entrés dans la phase de séparation avec les proches, les amis des enfants et c’est dur. Il faut être honnête et dire que ce moment là n’est pas évident.

Comment étaient les enfants à l’approche du jour J ?

Ils étaient très excités. Nous les avons associés à tout le processus depuis le départ, l’idée de partir mais aussi l’achat du véhicule, etc. On discute souvent avec eux pour prendre la température et là on sentait qu’ils étaient très excités mais en même temps bizarre dans leur peau. Ils voient des gens émus autour d’eux, eux aussi le sont… Il y avait également de l’impatience car comme dans tout moment de transition, on a envie de passer à autre chose parce que ça devient là encore émotionnellement trop difficile.

Quelles ont été les réactions de leurs amis quand ils ont annoncé leur départ autour du monde ?

Pendant un an et demi, nous leur avons demandé de garder le secret. Ils ont été très forts et ils ont tenu. Nous avons été bluffés. Au moment où nous leur avons donné l’autorisation d’en parler à leurs copains, ils l’ont d’abord dit aux plus proches. En leur disant : « je vais partir en tour du monde dans un camping car. Je vais te le faire visiter ». Evidemment leurs amis les ont regardés avec des grands yeux ne sachant pas s’ils devaient les croire ou non. Puis un jour, nous sommes venus avec le camping car dans la cour de l’école et avons organisé une visite. Tous les enfants sont montés dedans et ont posé beaucoup de questions. C’était très intéressant et un moment vraiment magique à vivre.

Parlez-nous un peu de votre itinéraire pendant ces 5 années ?

Dans un premier temps, nous voulions commencer par le continent africain pour rendre hommage à notre « africanité », mais c’est vrai qu’en camping car, c’est compliqué. Il y a malheureusement, dans le contexte politique actuel, beaucoup de pays que nous ne pouvons pas traverser. Il a donc fallu changer de plan. Nous aurions donc pu passer par l’Europe pour aller en Asie mais finalement il nous paraissait plus judicieux de commencer par l’Amérique du Sud. Etant donné que nos enfants sont scolarisés dans une école espagnole depuis qu’ils ont trois ans, il était plus pertinent qu’ils puissent dans un premier temps aller sur un continent où ils maîtrisent la langue. Ce sera donc notre première étape. Nous avons quitté Casablanca le 6 août pour traverser l’Espagne et la France jusqu’à Anvers. Le camping car, mon mari et mon fils embarqueront sur un cargo direction Montevideo. Le trajet dure environ trois semaines et nous les rejoindront là-bas. Nous descendrons ensuite en Argentine jusqu’à Ushuaïa avant de remonter le Chili puis la Bolivie, le Pérou, le Brésil, l’Equateur, la Colombie et l’Amérique centrale. Nous remonterons ensuite vers Seattle ou nous prendrons un bateau vers l’Asie pour aller si possible jusqu’au Pakistan à travers la Chine, l’Inde, la Thaïlande, le Laos, etc et redescendre sur l’Indonésie puis en bateau jusqu’en Australie et enfin direction l’Afrique du Sud en espérant ensuite pouvoir remonter jusqu’au Maroc.

Comment espérez-vous voir vos enfants revenir de cette expérience ?

Un pari très important pour nous est de réussir durant ces 5 années à s’assurer que nos enfants conservent leur enracinement culturel. Nous faisons le tour du monde mais nous voulons nous assurer que nos enfants vont garder en eux tout ce que l’on a construit, qui fait partie de leur histoire et de leur identité. Nous souhaitons aussi bien sûr que nos enfants reviennent avec une ouverture d’esprit et toute la curiosité intellectuelle, beaucoup de tolérance et des valeurs familiales ancrées. Un autre point me semble très important aujourd’hui : avoir une capacité d’adaptation extraordinaire, qu’ils soient ouvert à la différence et à accepter celle-ci, à l’accueillir et à la gérer avec toute l’humilité possible. Si déjà ils reviennent avec tout ça, ce sera magique…

Et vous, avez-vous déjà rêvé de faire un tour du monde ? 

Retrouvez la famille Atmani et le projet Planet Khmissa sur leur blog

9 réponses à “TOUR DU MONDE – 5 ans et 5 continents pour « offrir le monde à nos enfants »

  1. Wow! C’est une super expérience de vie que vous offrez à vos enfants. Une expérience qui modèlera leur personnalité et qui forgera leur identité actuelle et future. Bonne route à vous tous 🙂

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