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Le Magazine du Voyageur
  •   10 min. de lecture

Son séjour en Inde et sa rencontre avec Sita Chetri lui ont donné le goût des rencontres. Depuis, Jérôme Gence réalise un tour du monde participatif ou plutôt « un voyage libre, un rêve d’enfant né sur l’île de la Réunion ».

Quand nous avons interviewé Jérôme, il se trouvait dans le Caucase et traversait l’Arménie à vélo en direction de l’Iran, où il se trouve actuellement. Vous le verrez même dans une interview vidéo lors de son passage en Arménie! Si son projet vous plaît, nous vous incitons à vous rendre sur le site Deux Pas Sur Le Monde sur lequel il raconte son voyage.

Son voyage s’effectue aussi dans le cadre du site Travel With A Mission (TWAM) de Ludovic Hubler, un projet qui – comme le dit le journal « Le Monde » « facilite le dialogue et la compréhension entre les peuples, à l’heure du brassage interculturel ».

Jérôme, racontez-nous comment cette idée de tour du monde participatif vous est venue ?

Je ne suis pas très attaché à cette notion de « Tour du monde » qui – à quelques exceptions – ne veut plus dire grand chose selon moi… Des personnes telles qu’André Brugiroux, Ludovic Hubler, Jean Bélivaux ont vécu un tour du monde… Moi j’essaie juste de voyager le plus gratuitement possible en transport, avec le stop et en logement afin de reverser les sommes non dépensées à des associations pour enfants.

Je n’ai pas d’itinéraire, mais une « liste de souhaits » des pays à travers lesquels j’ai prévu de voyager. Parfois des pays s’y ajoutent, parfois l’inverse. Je n’ai également pas de date de retour. Deux Pas Sur le Monde est avant tout un voyage libre, un rêve d’enfant né sur l’île de la Réunion où je m’amusais à imaginer ce qu’il y avait après la mer. A l’époque nous n’avions pas d’Internet et l’accès aux voyages était difficile tant par le prix des billets d’avion que par l’isolement géographique de l’île. Aujourd’hui par ce voyage, je cherche simplement à vérifier si je ne me suis pas trop trompé au sujet de tout ce que j’ai imaginé à propos du monde. Je ne sais pas où et avec qui je serai demain mais c’est cela que j’aime.

Enfant, j’ai également eu la chance de rencontrer des personnes qui m’ont permis de voyager par procuration. C’est le cas par exemple de ces conférenciers qui venaient à l’école pour nous présenter des pays lointains. C’est ainsi que j’ai découvert le Népal et la région himalayenne. Ce fut un véritable coup de foudre. Ils ne le savent probablement pas, mais ces hommes m’ont laissé un véritable rêve entre les mains. A mon tour et à mon niveau, je serai heureux que ce rêve puisse être le début d’un rêve pour un autre enfant. D’où cette idée de voyage participatif.

« Permettre aux gens de se rencontrer et de se mélanger »

 

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est le Twaming et ce qu’il peut, selon vous, apporter aux voyageurs mais aussi à la société en général ?

Je crois beaucoup au Twaming, c’est une véritable chance pour toutes les personnes qui souhaitent partager leurs passions ou leurs compétences avec un public l’espace d’un moment. Une personne qui souhaite par exemple donner des cours d’informatique tout en voyageant dans son pays, se connectera donc sur sur le site de Twam afin d’y rechercher un « Twamhost » dans le lieux de son choix prêt à lui proposer un public. J’insiste sur cet exemple car il est important de rappeler que TWAM ne s’adresse pas uniquement aux jeunes Occidentaux qui souhaitent partager un savoir avec des jeunes de pays en développement. Tout le monde peut être concerné et devenir un Twamer dans sa ville, sa région ou son pays et ce en toute gratuité.

Pour la société en général, c’est également une réelle opportunité. Le Twaming permet aux gens de se rencontrer et de se mélanger. C’est d’ailleurs ce qui motive tous mes voyages. Je suis persuadé qu’il faut aller vérifier par soi-même…aller vivre chez les gens pour découvrir qui ils sont vraiment. C’est en cela que le Twaming se rapproche de cet idéal auquel je crois.

Vous soulignez l’importance du réseau et de vos amis dans votre projet. Sentez-vous le soutien depuis l’île de La Réunion?

Avant de partir, je me suis demandé de quelle manière mes amis qui s’intéressaient à mon projet pouvaient m’aider. J’ai commencé à leurs proposer de faire des petits dons sur le site de Deux Pas Sur Le Monde, mais j’ai rapidement laissé tomber au vu du non-succès (rires). Les gens sont tellement sollicités pour des causes et des projets divers, comment leur en vouloir? J’ai passé pas mal de temps à essayer de trouver une autre façon de les inclure dans ce projet car je voulais vraiment qu’ils y participent. Alors en repensant à mon voyage en Inde et à ma rencontre avec Sita Chetri, je me suis rappelé qu’une aide peut être d’un grand secours sans pour autant être monétaire : quelqu’un qui vous aide à trouver votre chemin, un autre qui vous propose un repas etc. Je me suis donc dit que mes amis connaissaient probablement des personnes qui habitent dans ces pays dans lesquels je prévois de voyager. Je les ai sollicités pour qu’ils présentent mon voyage à leurs amis. Et le bouche à oreille fonctionne plutôt bien. Je reçois régulièrement des emails de personnes prêtes à m’héberger.

J’ai voulu également élargir ce réseau en sollicitant quelques entreprises pour des dons en nature tout en restant indépendant. Ce fût le cas par exemple pour la SNCF qui m’a offert des bons voyages pour me rendre en Italie ou encore Mondial Assistance pour l’assurance de mon voyage. Grâce à leur aide j’ai pu reversé les sommes non-dépensées à des associations pour enfants en France.

Quant à la Réunion, elle est avant tout l’endroit où tous mes rêves sont nés, ma « boîte à rêves », et je suis toujours toujours très touché par le soutien des Réunionnais notamment à travers le site « Réunionnais du monde », une véritable mine d’or pour rencontrer d’autres Réunionnais à travers le monde. Et comme ce sont des gens ultra sympas, beaucoup m’offrent leur aide ou leurs encouragements. La Réunion est avec moi à chaque instant de mon voyage, à travers la musique que j’écoute, mais également quand je dois me présenter – et c’est pas toujours facile – notamment avec certains douaniers (rires). Je suis vraiment fier de pouvoir faire découvrir cette île aux gens que je rencontre. Après plus de 10 ans, j’ai hâte de pouvoir la retrouver pour quelques semaines et de partager mon voyage avec des écoliers réunionnais.

Depuis votre départ, quel est le pays que vous avez traversé qui vous a le plus surpris ?

Ce n’est pas tout à fait un pays, mais l’endroit qui m’a le plus surpris est probablement le Haut-Karabagh , pour la simple raison que je ne ne connaissais même pas son existence avant de commencer mon voyage.
deux pas - karabakh
Mon voyage dans cette République autoproclamée et non reconnue par la communauté internationale, illustre bien la philosophie de Deux Pas Sur Le Monde. Quand je suis arrivé en Arménie, je me suis demandé de quels moyens je disposais pour rencontrer des petites associations locales. Puis je me suis souvenu de Taline, une française d’origine arménienne qui vit en France. Je l’ai contactée par mail pour lui expliquer mon projet. Elle m’a orienté vers l’association « Femmes Courages Solidarité », dont un des programmes est de permettre à 160 enfants de pouvoir aller en colonie de vacances chaque été. Après les avoir rencontrés, ils m’ont proposé de les suivre dans le Haut-Karabagh à la rencontre des femmes de certains villages et à qui ils allaient proposer le programme « Deux vaches, deux veaux », afin de leurs permettre de devenir indépendantes grâce à l’élevage bovin. Les conditions de vies dans le Haut-Karabagh sont extrêmement dures, en particulier pour les femmes. Ce programme est donc une réelle opportunité pour elles. Je tiens d’ailleurs à remercier toutes les personnes qui m’ont aidé en Arménie et grâce à qui nous avons pu apporter notre petite pierre à l’édifice concernant le financement des prochaines colonies de vacances.

Voici une interview de Jérôme Gence par Civilnet in Armenia dans laquelle il est question de l’association Femmes Courage Solidarité.

« Disposer de temps »

 

Vous dites vouloir entrer un maximum en contact avec la population locale et vivre autant que possible comme elle. Y parvenez vous ? Comment ?

C’est vraiment très variable :de la chance, de la malchance parfois (rires), des rencontres qui vous font faire d’autres rencontres, il n’y a pas vraiment de règles si ce n’est de disposer de temps. Quand j’arrive dans certains villages, les gens sont surpris de me voir parmi eux. Par moment certains se montrent méfiants mais en règle générale, les gens sont vraiment très ouverts. Pour certains, c’est la première fois qu’ils rencontrent quelqu’un de couleur (rires)… En y restant suffisamment longtemps, les gens s’habituent à vous et c’est à ce moment là que les relations s’installent. Après m’avoir demandé d’où je viens, les gens s’intéressent à ma famille. Je leur montre alors des photos que j’ai mis dans mon dossier de voyage. J’en profite aussi pour leur montrer des photos des pays à travers lesquels j’ai voyagé avant d’arriver dans le leur.

La plus belle rencontre ?

Chaque rencontre me conduit très souvent vers une nouvelle. Je ne pense pas qu’il y ait de plus belles rencontres que d’autres… Mais pour vous donner un nom, je pars dans quelques jours en Iran à la rencontre de Mohammad Tajeran, un homme surprenant qui, grâce à son association « We need Trees », sensibilise les enfants aux enjeux environnementaux. Comme il voyage beaucoup sur son vélo à travers l’Iran, ça sera difficile de le retrouver, mais j’y crois. Et puis comme il aime le vélo, j’ai décidé de traverser l’Arménie – où je me trouve actuellement – à vélo jusqu’en Iran (rires). J’ai une admiration sans fin pour toutes ces femmes et ces hommes qui réalisent des choses extraordinaires à leur niveau et avec souvent très peu de moyens, le tout dans l’anonymat le plus complet.

Avant votre tour du monde, vous avez beaucoup voyagé en Inde, pays où vous avez des origines. Que vous a apporté ce voyage ?

J’ai découvert l’Inde lors d’un voyage au Japon en tombant par hasard sur un article consacré au Toy Train de Darjeeling qui m’a tout de suite séduit… J’ignorais tout de ce pays dont je porte pourtant la couleur de peau. J’ai voulu en savoir plus sur ce train et en regardant un documentaire le concernant, j’ai découvert le portrait de Sita Chetri, une femme dont le métier est de porter les bagages des voyageurs arrivant à Darjeeling. C’était décidé, la photo de Sita Chetri sous le bras, j’allais traverser cet immense pays pour aller à sa rencontre. Juste avant de partir pour l’Inde, j’ai appris par ma mère qu’il y a très longtemps, mes ancêtres avaient quitté Calcutta pour la Réunion…

Quelques semaines plus tard et grâce à toute l’aide reçue sur ma route, j’allais rencontré, non sans mal, Sita Chetri. Je me souviendrai pour longtemps encore de toutes les personnes qui, d’une manière ou d’une autre, m’ont aidé à faire que cette rencontre devienne l’un des plus beaux moments de ma vie.

Ce pays, m’a également permis de réaliser la place qu’a toujours occupé le voyage dans ma vie. Il y a très longtemps, mes ancêtres avaient quitté l’Inde pour la Réunion, à mon tour j’ai quitté cette île pour Paris et c’est grâce à un voyage au Japon que j’ai découvert l’Inde. Pour toutes ces raisons, ce pays restera un voyage particulier pour moi, comparable à aucun autre.

Pere et fils

« On ne réalisera pas tous nos rêves, mais on peut essayer d’en sauver au moins un »

 

Vous en avez profité pour travailler en tant que bénévole à la mission de Mère Teresa. Pouvez-vous nous en dire plus : comment êtes-vous entré en contact avec l’organisation, en quoi consistait votre travail, quelle est l’ambiance ?

Mon premier contact avec l’Inde fût Calcutta. Je m’étais préparé à ce que cela soit difficile, mais j’ai vite réalisé que plus l’on se prépare à voir des choses difficiles en Inde, plus l’on se retrouve déstabilisé. La notion de Temps, l’approche que les Indiens se font de la vie et de la mort est tellement différente de celle de l’Occident. Quand je suis arrivé, tout le monde me prenait pour un Indien. Je devais expliquer mon histoire et mes origines plusieurs fois par jour. Avant cela, mon histoire s’arrêtait à la Réunion et à la France. L’Inde m’a ouvert une nouvelle porte…et quelle porte ! Les premiers jours, je me suis enfermé seul dans la petite maison que j’avais loué. J’ai pris ce temps pour lire, et me poser des questions. Il m’arrivait même de regarder plusieurs fois par jour ma carte d’identité pour garder un repère.

Puis je me suis rappelé que je n’étais pas là par hasard… J’étais à présent tout proche des mes origines et de ces gens qui me ressemblent tant, mais dont je ne savais rien. Il me fallait aller à leur rencontre. Je connaissais déjà la Mission de Mère Teresa. J’y suis donc allé pour me porter volontaire. Lorsque que vous vous inscrivez à la Mission de Mère Teresa, vous avez le choix entre plusieurs dispensaires. Je me suis orienté vers le dispensaire de Daya Dan où l’on s’occupe d’enfants handicapés ou ayant subit des violences sexuelles. Au départ je ne me suis pas senti à ma place, et ce malgré une ambiance remplie d’énergie. Je n’avais aucune compétence médicale ou de soins, comparé aux autres volontaires. Cependant, on s’aperçoit très vite que l’on peut être utile par plein d’autres moyens :le nettoyage, la lessive, les jeux, donner à manger aux enfants…et surtout notre présence et notre attention.

Vous écrivez « Mon voyage ne changera pas le monde, mais s’il permet de montrer que d’autres chemins sont possibles, ça sera déjà très bien ». Quels chemins souhaitez-vous justement mettre en lumière ?

Oui c’est sûr, mon voyage ne changera pas le monde… et n’a absolument pas cette vocation (rires). Néanmoins j’aimerais profiter de ce voyage pour montrer l’importance des rêves, d’y croire et de les réaliser. J’ai grandi entre une mère pour qui la prudence était la priorité – faire des études, avoir un travail, une famille etc. –  et un père plein de rêves mais qui n’a malheureusement pas pu les réaliser. J’ai voulu comme beaucoup d’enfants leur faire plaisir. J’ai donc à un moment rangé mes rêves de voyage dans un tiroir et pris le chemin qu’ils souhaitaient me faire prendre… Aujourd’hui j’ai fait marche-arrière et je n’ai jamais été aussi heureux. On ne réalisera pas tous nos rêves, mais on peut essayer d’en sauver au moins un… C’est ce que je souhaite à chacun. Il faut croire en la vie et la provoquer pour y arriver…et les gens que je rencontre sur la route m’aident à ne pas l’oublier.


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