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On se fait la belle avec Gizèle ? 

« Le passeport nous démange », dit Time Out. Pour Le Mouv’, c’est même un « site (génialissime) de voyage qui vous transporte dans des endroits improbables de manière fun et décontracte » ! Rencontre avec Marion, journaliste, amoureuse de voyage et cofondatrice du site Allez Gizèle.

Il faut que l’on vous demande : qui a trouvé ce nom de blog et… pourquoi ? 

Tout d’abord, il faut qu’on vous le dise : Allez Gizèle n’est pas un blog ! En fait, on n’est pas blogueurs. Tous nos collaborateurs et moi-même sommes journalistes. Loin de nous l’idée de décrier le travail des blogueurs, bien au contraire, mais on veut garder cette partie-là de Gizèle intacte, parce que c’est notre métier et que c’est un aspect du site qui nous paraît essentiel depuis sa création. C’était aussi ça l’idée d’Allez Gizèle : créer un site de journalisme de voyage à destination des trentenaires.

Pour ce qui est du nom, on s’était dit que ce serait le truc que l’on trouverait facilement et en fait ça nous a pris des semaines. Antoine, mon associé dans le projet, et moi, on penchait dessus dès qu’on avait un moment. On voulait un nom marrant, qui invite à l’évasion. On a joué la carte du très très décalé en choisissant Gizèle. Et on a ajouté cette petite baseline : On se fait la belle ? Au final, on a trouvé le nom définitif un soir en buvant des bières.

Quelle a été la motivation initiale pour monter ce site ? Quels sont vos sources d’inspiration ? 

Paul, qui est un de nos contributeurs réguliers et moi, on a travaillé un moment dans la presse voyage magazine. Ça nous plaisait beaucoup, on voyageait partout et on revenait avec nos reportages et nos photos. Mais bon, dans le secteur de la presse voyage, on ne va pas se mentir, il n’y a vraiment pas beaucoup de médias qui s’adressent aux jeunes. On avait parfois l’impression d’écrire plus pour nos parents, des quinquagénaires à l’époque, que pour nous-mêmes. On s’est dit qu’il y avait un truc à monter, comme par exemple un site pour les jeunes qui ne fasse pas que du flux, qui fouille un peu dans le voyage pour aller chercher et publier des reportages sur des destinations partout dans le monde. Et puis, on avait envie de se marrer, de faire des articles qui nous correspondent et qu’on prenne plaisir à écrire. C’est la raison pour laquelle on a lancé AllezGizèle.

Du coup, on va plutôt chercher du côté des sites internet qui nous plaisent, et on s’en inspire. On aime particulièrement Vice, parce qu’ils peuvent tout se permettre, sans limite, c’est l’open bar du reportage. Même si parfois, c’est l’open bar un peu trashos de fin de soirée. Sinon, on aime également Neon, ils font des sujets qui valent le coup d’œil, ils sont drôles et Fricote, qui parvient à nous parler de bouffe même si on n’y connait rien. Pour nous, ce sont des exemples de médias inspirants.

 

 

Gizèle

 

« Chez Gizèle, on aime les photos chiadées, les articles léchés et les vidéos travaillées. » Tout cela a un coût. Comment faites-vous ? Cela marche au bénévolat, à la passion ? Comment recrutez-vous les participants ? 

L’argent c’est tout le problème des sites web qui se lancent actuellement. Pour les reportages, depuis le début, on demande à nos connaissances journalistes de nous filer un coup de main. En général, c’est un peu comme ça que l’on fait à l’heure actuelle quand on lance un média, et que l’on n’est pas adossés à un gros groupe de presse ou à une grosse marque. Au début, c’est du bénévolat puis peu à peu, on engrange des bénéfices et on peut payer les gens.

Pour le coup, nous, grâce à Antoine, qui gère tout ce côté là, on mise beaucoup sur le « native advertising ». C’est à dire que l’on reçoit et que l’on propose des opérations spécifiques, des papiers sponsorisés, des collaborations à des marques, des individus ou des organismes publics. On choisit bien les gens avec qui on travaille pour être sûrs qu’ils correspondent à notre cible et on bosse avec eux pour trouver un concept qui permettent de faire parler d’eux et de nous rapporter de l’argent. C’est à la fois grisant parce que c’est un nouveau modèle et qu’il y a plein de choses à inventer et un peu décourageant parfois, parce que c’est dur de faire bouger les lignes, surtout quand il s’agit d’argent et de changement.

Comment vous organisez-vous pour les idées de reportage, les articles et le reste ? 

Quand on sait que l’on va partir dans un endroit, on bosse bien la destination en amont, pour trouver des idées de sujets que l’on veut traiter. On prend des rendez-vous pour rencontrer des gens, puis on écrit nos articles grâce à cette « matière » là, une fois rentrés. C’est un fonctionnement journalistique assez classique.

Pourriez-vous nous présenter une photo ou une vidéo dont vous êtes particulièrement fière et nous raconter le contexte dans lequel elle a été prise ? 

J’aime bien cette série de photos sur le fleuve Saint-Laurent, à Québec. En fait, ce n’est pas tant la qualité des clichés que j’aime que l’histoire qu’il y a derrière le dispositif. Pour raconter un peu le truc, il faut savoir qu’en janvier au Québec, il fait tellement froid que les appareil électroniques (les portables, les appareil photos), ne peuvent plus fonctionner. Ils sont HS tant qu’ils ne se réchauffent pas un peu. Du coup, je me suis retrouvée par -30 degrés, dans un canot, sur le fleuve partiellement gelé à devoir faire des photos. Comme tout était mouillé, je ne pouvais rien utiliser à part ma GoPro. Et encore, elle était susceptible de rendre l’âme à tout moment. Du coup, j’ai ouvert l’étui en plastique et j’ai glissé une chaufferette pour les mains à l’intérieur. La caméra s’est un peu réchauffée et elle a continué à fonctionner. J’ai pu faire des photos qui ne sont pas d’une qualité irréprochable, certes, mais qui ont le mérite d’exister et de bien retranscrire l’atmosphère de grand blanc vécue ce jour là.

canot-a-glace-quebec

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Quelle a été votre dernière destination et quelle sera la prochaine ? 

Je reviens tout juste du Canada, où j’ai passé une semaine à Québec pour couvrir l’Igloofest, un festival de musique complètement dingue par – 30 degrés. Et je repars dans dix jours avec Paul en Tunisie, pour visiter un peu les coins reculés, notamment les endroits loin des spots touristiques. On va découvrir ça et on a hâte. Paul lui, revient d’ailleurs du Kosovo. Et une autre de nos pigistes, Sarah, part dans un mois en Afrique du sud. On essaie d’être toujours un peu en mouvement pour nourrir le site. Et tous ces départs promettent de nouveaux reportages sympas sur Gizèle ! 

D’où vous vient cette passion pour le voyage et ses récits ? 

Pour ma part, j’ai toujours beaucoup voyagé. J’adore ça. Du coup, en étant journaliste, j’ai pu allier voyage et reportages. Outre ces deux aspects là, j’aime aussi beaucoup la photographie et l’image. Je bosse d’ailleurs en tant que JRI pour des programmes de télé. L’image (ou l’illustration dans certains cas), est un aspect essentiel du reportage de voyage.

Après par voyage, j’entends « découverte » évidemment mais j’aime aussi beaucoup tous ces petits comportements que l’on a en vacances et que l’on ne se permettrait jamais d’avoir dans notre pays, dans notre vie quotidienne. C’est d’ailleurs le thème de nos articles « Est-ce bien raisonnable ». On parle de ces ponchos ou de ces babouches que l’on trouve géniaux sur les marchés locaux, que l’on marchande pendant une heure et que l’on ne remet jamais une fois de retour en France, par exemple. Ou de notre côté premier de la classe exaspérant en mode : « Ouais, ça fait six mois que je me suis mis au portugais pour notre voyage au Brésil. Ça permet de mieux comprendre la culture ». Du coup, tu te retrouves à gonfler tous tes potes sur place en baragouinant du mauvais brésilien. Ces attitudes-là, c’est un de mes aspects préférés du voyage. J’adore les décrypter. Au final, l’idée, c’est de montrer que l’on peux écrire des tonnes d’articles sur les gens que l’on rencontre, leurs mœurs, leurs coutumes, leur façon de vivre mais que ça vaut aussi le coup de se décrypter nous-mêmes dans ces moments-là. On devient un peu fous en voyage, parfois…

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