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Horreur, ce sont des touristes françaiiiiiis ! 

Quand un Français croise un autre Français à l’étranger, il sursaute tel un chat qui découvre son reflet dans le miroir. Essayons de comprendre pourquoi.

 «  Pas de chance, y’a un groupe de Français qui vient juste d’arriver. Ah non ils vont s’installer juste à côté de nous !   » Puis quelques minutes plus tard :  «  Rahh évidemment il faut qu’ils parlent plus fort que tout le monde !   » . La scène se déroule dans un bar de Budapest que l’on pourrait qualifier de bourgeois-bohème, à deux heures d’avion de Paris avec Air France, easyJet, Ryanair ou encore Wizz Air. Elle se déroule dans la capitale hongroise, mais elle pourrait tout aussi bien se passer dans un bar à narguilé de Tanger, un refuge au Ladakh, un temple au Laos ou une auberge de jeunesse à Brisbane.

Car c’est un fait : où qu’il se trouve dans le monde, un Français se passe très bien de croiser un autre Français. C’est même à se demander si ce n’est pas pour cela qu’il est parti loin, pour échapper à ses compatriotes.

Parmi les griefs dont s’affublent mutuellement les Français, on retrouve généralement ceux-ci  : ils parlent un anglais désastreux, avec un accent «  qui fout la honte  »  ; ils sont pingres  ; ils sont sans gêne, c’est-à-dire ne se privent pas de réclamer ceci, de se plaindre de cela, parlent trop fort, jouent des coudes, tentent souvent de s’immiscer dans les failles du système pour éviter de payer ceci, pour avoir droit à cela… Il est vrai qu’un Français en voyage a une propension inégalée à considérer tout ce qui lui est proposé comme une arnaque en puissance et donc à traiter en ennemi toute personne qui vient à lui, y compris le malheureux garçon de café qui – pour la peine – n’aura généralement pas droit à son pourboire. (Lire à cet égard notre article Pourboire or not pourboire ? ) ; Et évidemment, ils sont râleurs, comme l’avait démontré une étude menée par liligo.com à l’été 2015. Mais ce sont là les critiques caricaturales que les étrangers, aussi, adressent aux Français en voyage.

Touriste vs expat’, bobo vs prolo…

Revenons à ce que les Français reprochent aux Français. Il est question de sociologie. Le phénomène du «  mon Dieu faites qu’on ne croise pas d’autres Français  !  » ne vaut pas pour tout le monde. On l’observe en fait surtout chez les jeunes voyageurs, dont certains diront qu’ils sont branchés et cool, quand d’autres qu’ils sont snobs et bo-bo. Ce sont ceux qui voyagent tout en dénonçant le tourisme de masse, qui visitent Venise en déplorant la destruction de sa lagune, qui haïssent l’avion low cost mais sont bien contents de trouver un vol Paris-Lisbonne à 30 euros, qui s’en remettent aux bons plans de Lonely Planet et s’étonnent ensuite de ne pas être les seuls touristes à avoir le privilège d’en profiter… Bref, on l’observe chez ceux qui recherchent l’authenticité – ou plutôt l’idée qu’ils se font de l’authenticité – …comme des millions d’autres. D’où le problème.

Ainsi, le touriste de passage appareil photo au cou et plan de la ville dans la main sera raillé par l’étudiant Erasmus qui saute de bus en métro avec l’aisance de celui qui écume chaque soir le centre-ville depuis trois mois. Et lui-même sera cordialement méprisé par l’immigré solidement implanté qui – lui  ! - connait vraiment la ville (lequel préférera naturellement le terme plus valorisant «  d’expatrié  » ). Ajoutons à ce mélange instable une pincée de «  réflexe de classe (sociale)  » et il devient alors carrément explosif.

Qui a dit cela ? « La rencontre d’un compatriote à l’étranger lui est proprement insupportable »

Ces nuances peuvent donner lieu à des échanges très particuliers entre Français qui se croisent à l’étranger. Parce que le touriste se sent en position d’infériorité, parce que l’expatrié perd à son contact le statut spécial et exotique dont il aime jouir parmi les «  locaux  » , parce que l’Erasmus ne veut pas crever sa bulle de bonheur loin de la France.

Pour terminer ce petit essai naturellement très subjectif et sans doute trop généralisant, laissons la parole à un fin observateur de la question, pour l’avoir longtemps étudié à Lanzarote, Michel Houellebecq  :  «  Le Français est un être vain, si épris de lui-même que la rencontre d’un compatriote à l’étranger lui est proprement insupportable. » C’est un peu brutal, mais il y a de ça…

Photo d’illustration : Lots of Reading Going On par Jocelyn Kinghorn / Flickr cc.

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